Un sondage récent de l’Ifop* fait le lien entre l’évolution de la politique familiale et la baisse de la natalité observée ces quatre dernières années.

Jérôme Fourquet, président de l’Ifop, explique que si le phénomène de report ou de renoncement reste minoritaire, il n’empêche que « le sondage montre que les multiples coups de canif opérés depuis cinq ou sept ans dans la politique familiale ont eu un effet suffisamment fort pour impacter le taux de natalité ». Ces coups ce sont la division par trois de la prime de naissance à partir du second enfant, la diminution de la durée du congé parental pour les mères de famille (1 année en moins grâce à Najat Vallaud-Belkacem !), l’abaissement par deux fois du quotient familial, la mise sous conditions de ressources des allocations familiales, etc. Aussi, un tiers des Français estiment que la baisse des aides à la famille les ont fait différer ou renoncer à un avoir un enfant.

Pourtant, le lien aides/natalité est contesté par les démographes. Un courant pense qu’il n’est pas déterminant. Ils expliquent ces baisses de la natalité par la diminution du nombre de femmes en âge de procréer, les conséquences de la crise économique de 2008, le fait que les adultes ont des enfants plus tard. « L’étude ne montre pas qu’il y a un effet mécanique de telle ou telle mesure politique sur la natalité », commente ainsi le sociologue Julien Damon dans La Croix.

A contrario, un autre courant pense, au contraire, qu’il existe un lien. C’est le cas de Gérard-François Dumont, démographe, professeur à la Sorbonne et président de la revue Population et avenir : « Contrairement à ce que l’on entend souvent, l’évolution de la fécondité ces dernières décennies suit toujours celle de la politique familiale : à chaque fois que l’on a baissé cette dernière, le nombre de naissance a baissé aussi. À chaque fois que la politique familiale a été généreuse, les naissances sont reparties à la hausse. » déclare-t-il au quotidien La Croix. Un exemple ? Entre 1998 et 2001, « La fécondité a alors remonté après que deux changements structurels annoncés ont été écartés : l’imposition des allocations familiales et la mise sous condition de ressources des allocations familiales. » Selon lui, il n’y aurait donc pas de doute  : « La confiance dans la politique familiale est aujourd’hui érodée. Le gouvernement ferait bien d’établir un diagnostic et de revenir sur des mesures qui ont été néfastes. »

Quant à nous, nous pensons que la baisse de la natalité s’explique non seulement par la diminution des aides qui a porté un rude coup à la confiance des ménages, mais également par l’absence d’une parole politique forte sur ce sujet. Ainsi, aucun responsable politique, de quelques bords que ce soit, n’a aujourd’hui dans son programme une politique nataliste, ou a minima, une parole à l’adresse des ménages pour encourager ces derniers d’avoir des enfants. Cette absence est ressentie comme un désintérêt des pouvoirs publics à leur égard. Elle plombe leur confiance dans la solidarité nationale et diminue du même coup leur volonté d’avoir des enfants.

*Réalisée par l’Ifop auprès de 1 016 personnes représentatives, les 26 et 27 février 2019.