La philosophe Chantal Delsol écrit avec clarté. Elle a publié la semaine dernière une tribune dans le quotidien Le Figaro qui peut nous éclairer à propos des conséquences politiques et morales de l’incendie de la cathédrale Notre-Dame. Elle voit dans “les entrailles symboliques de Notre-Dame (…) notre destin, si l’on peut encore croire que notre passé nous façonne, sans nous conditionner puisque nous croyons à la liberté”.

En voilà quelques extraits :

“Voilà un peuple qui n’aime pas son histoire parce que colonialiste et machiste ; qui refuse catégoriquement de faire mention de ses racines dans les textes fondateurs de l’Europe tant espérée ; qui ne perd pas une occasion de battre sa coulpe à propos d’un passé toujours maudit. Et le jour où brûle et s’effondre le symbole le plus vivant de ce passé qu’apparemment il déteste, le même peuple est perclus de chagrin, pleure sur les ruines et ouvre largement sa bourse pour créer sans attendre un chantier de reconstruction cyclopéen. Quelle est cette singulière contradiction ?

(…) L’émotion poignante des Français devant la flèche embrasée de Notre-Dame est la démonstration du besoin d’identité, si naturel et spontané, même quand il se voit constamment ridiculisé et sommé de s’anéantir.

(…) Mais voilà : il faut un événement tragique pour que les évidences ressortent et s’étalent. Il faut que l’identité culturelle soit menacée pour qu’on la proclame et qu’on lui déclare sa ferveur.

(…) Nous avons besoin de refonder, non pas à partir du sacro-saint néant, mais à partir de la matrice culturelle dont nous pleurons aujourd’hui la blessure.

(…)  Le contenu de la matrice culturelle exprime les croyances communes que chaque génération se réapproprie à nouveaux frais, parce qu’elle a besoin d’un sens qu’elle modèle selon ses propres exigences, différentes de celles de ses aînés. Nous avons besoin de refonder, non pas à partir du sacro-saint néant, mais à partir de la matrice culturelle dont nous pleurons aujourd’hui la blessure : la transcendance et la liberté, indéfiniment réinventées”.

La tribune est à lire ici http ://premium.lefigaro.fr/vox/societe/chantal-delsol-l-emotion-poignante-des-francais-est-la-demonstration-du-besoin-d-identite-20190419