Synthèse des arguments des opposants à la GPA

Parmi les opposants à la GPA, l’un fait remarquer « qu’il s’agit d’abord de s’interroger sur la possibilité, ou non, pour l’enfant d’avoir un père et une mère. Et non sur la possibilité, ou non, pour le parent d’avoir un enfant ». Certes, écrivent plusieurs, « le désir d’enfant est louable », « mais ce désir ne peut devenir un droit à l’enfant″, surtout face aux préjudices graves que crée la GPA. Il ne suffit pas en lui-même à justifier une légalisation de la GPA. »

Pour ce qui concerne la question de l’égalité face à la parentalité, un participant souligne que « nous sommes tous absolument égaux devant la procréation : elle nécessite un homme et une femme, pas un homme seul, pas une femme seule ni un couple de même sexe, mais un homme et une femme. L’être humain est sexué et ce n’est ni vous ni moi qui l’avons choisi, c’est un fait et nous sommes tous égaux devant de fait. » Il en conclut que ce qui est demandé avec la PMA sans père et la GPA « n’est pas l’égalité, mais des privilèges. Or ces privilèges privent volontairement un enfant de père et/ou de mère et modifie de façon fantaisiste sa filiation. »

Les participants opposés à la GPA sont nombreux à souligner le fait que « l’enfant né par GPA commence sa vie par une blessure d’abandon » parce qu’ « il a tissé des liens avec sa mère et, qu’ensuite, on lui impose de la quitter ». L’un d’eux souligne que « l’abandon d’enfant est d’ailleurs interdit par loi » puisqu’il lui porte « préjudice » : « les études scientifiques modernes ont montré à quel point le développement de l’embryon est lié à sa mère et à son père lors de la grossesse : génétique, épigénétique, développement des sens de l’enfant… ». Au risque d’ « angoisse d’abandon », s’ajoutent « le vol d’identité », « le vol de sa généalogie », « le vol de ses racines ».

Pour eux, il est clair que la mère de l’enfant « est la meilleure personne qui soit pour apporter tous les soins nécessaires à un petit être en devenir ».

S’appuyant sur son expérience professionnelle, l’un des contributeurs estime que « de nombreux enfants sont en souffrance à cause du désir des adultes qui les considèrent comme des pions que l’on peut déplacer à sa guise. »

Ils s’inquiètent aussi pour la mère : « je pense au lien tissé entre la mère et l’enfant pendant la gestation. Il est partage d’amour. Je m’interroge sur ce que vit celle qui porte l’enfant et ne le connaitra pas. »

Pour ses opposants, la GPA est incontestablement une forme d’esclavage puisque « donner ou vendre un être humain suppose qu’il nous appartient », ce qui est le propre de l’esclavage ; « Lorsqu’on ne parle pas le novlangue de George Orwell, le trafic d’êtres humains s’appelle de l’esclavage et la GPA est du trafic d’êtres humains. Les enfants qui font l’objet d’un contrat sont donc traités comme des « marchandises humaines ».

« Décidément, écrit un internaute, l’esclavage n’a jamais été aboli que dans les textes, pas dans toutes les mentalités. »

La GPA serait « une nouvelle forme de colonisation économique » puisqu’ « on exploite le corps de femmes issues bien souvent du Tiers-monde, qui n’ont pas beaucoup plus le choix que bien des prostituées ». Un participant souligne aussi qu’ « on veut que la femme ne soit plus une femme-objet, mais on propose quand même d’en faire une usine à bébé ». De fait, « l’appétit financier » est tel que certains sont prêts à réduire la femme à un « simple incubateur mécanique ». « Et l’Homme étant ce qu’il est, la loi ne les fera jamais disparaître toutes les formes d’exploitation. Mais ça n’autorise pas à appeler « bien » un mal, même un moindre mal. » Autrement, « l’homme devient un relais de croissance même s’il doit y laisser son humanité ».

Quant à ceux qui arguent du fait que « mon corps m’appartient », il leur est répondu que « mon corps est constitutif de moi-même », c’est pourquoi « une atteinte physique au corps et une atteinte à la personne », ce qui explique qu’on n’ait pas le droit, notamment, de vendre ses organes : « légalement, le corps humain est hors patrimonialité ».

Sur la GPA dite « éthique », l’un des contributeurs fait remarquer qu’ « au 19e siècle, certains humanistes opposaient au projet d’abolition de l’esclavage une règlementation ″respectueuse des droits de l’esclave″. » Un deuxième indique qu’il a « du mal à percevoir l’éthique d’un business basé sur la fabrication de bébés… même en respectant les normes ISO », tandis qu’un troisième interroge : « oser parler d’éthique quand on monnaye une vie ?… » De fait, « il y aura toujours un contrat, des coûts, des aléas, des changements d’avis, etc. ».

Quant à la GPA qualifiée d’altruiste, cela veut dire « rémunérer tous les intermédiaires, sauf la mère porteuse, qui prête son corps pendant 9 mois ».

« Dans la réalité, c’est toujours sordide » ajoute un autre. « Et il y aura toujours ce sentiment indicible de la mère qui sent son bébé dans son ventre. Ça c’est l’humanité. »

Finalement, dit l’un d’eux, « la seule mesure éthique est l’interdiction ».

Quant au lien entre PMA et GPA, plusieurs internautes soulignent que « les mêmes qui nous affirment que PMA ″pour toutes″ et GPA n’ont rien à voir, et que la première n’entraînera pas le dernière », sont incohérents et dénués de tout crédit puisque tous, sans la moindre exception (il suffit de parcourir le forum pour le constater), militent à la fois pour la PMA ″pour toutes″ et pour la GPA. » Et, ajoute un autre, « l’argumentaire est déjà prêt : cela existe à l’étranger, c’est toujours une décision mûrement réfléchie… ».

Sur le fait que l’enfant est d’autant plus aimé qu’il est le fruit « d’une décision mûrement réfléchie », des participants évoquent le conflit de loyauté : « Depuis quand dire les choses suffit ? (…) C’est faire fi des conflits de loyauté – atroces – imposés aux enfants, à qui les adultes imposeront une seule réponse, totalement biaisée, de la part de l’enfant : « mais je vous aime, mes chers parents », passant par pertes et profits le questionnement vertigineux de l’enfant sur ses origines. Nier cela, c’est tirer un trait sur plus d’un siècle d’enseignement et de pratique de la psychanalyse et de la psychothérapie. Nous ne sommes pas loin d’une espèce de ″révisionnisme au sujet de la psychologie″ ».

Pourtant, « l’enfant n’est pas un droit que l’on revendique ou que l’on exige, mais le fruit de l’amour conjugal qui nous est confié pour le faire grandir et s’épanouir. Nous ne sommes pas propriétaires de nos enfants, mais à leur service pour en faire des hommes et des femmes responsables. Ils ont besoin d’un père et d’une mère et de connaître leurs racines pour pouvoir se structurer ». Certes, « il y a des enfants heureux qui n’ont pas eu la chance d’avoir auprès d’eux un papa et une maman qui s’aiment. Il n’empêche, le plus structurant pour eux reste de construire leur vie sur l’amour qui est à l’origine de leur existence », ce qu’un internaute formule autrement : « chaque être humain a besoin de connaître ses parents car c’est un sentiment très fort. »

Et en effet, « de quel droit priverait-on un enfant de sa mère » ?

« Non à la légalisation de la GPA qui est une régression de l’humanité et qui risque de nous amener dans ″le pire des mondes″ » répond finalement un participant à la question du CCNE : « Quel monde voulons-nous pour demain ? »