Daniel Borrillo est juriste, militant LGBT.  Il a publié une tribune dans Libération (1er avril 2019) dans laquelle il dénonce le fait qu’ “aucune analyse statistique, aucune étude de cas, aucune donnée empirique, rien de descriptif ne fut mis en avant par la mission parlementaire (sur la révision des lois de bioéthique) pour conditionner l’ouverture de la PMA aux couples de femmes et aux femmes seules au droit de l’enfant à connaître ses origines”. Pourtant, ce droit est ardemment revendiqué par les adultes conçus par PMA.

Mais cela ne sied pas à Daniel Borrillo qui regrette “le droit de connaître la vérité sur sa conception” et s’insurge contre le passage de “l’obligation d’anonymat au devoir de transparence”. La raison ? Il constate que “pour pouvoir intégrer une famille monoparentale ou homoparentale, la loi doit préalablement garantir à l’enfant l’accès à la vérité de son engendrement”.

“Le projet de loi qui se profile va créer ainsi une sorte de pluriparentalité non juridique faisant du donneur de sperme ou de la donneuse d’ovocyte, un cogéniteur évitant ainsi de «déconnecter la filiation de la dualité des sexes» et en permettant que «l’enfant élabore psychiquement un engendrement par la différence des sexes», comme le propose l’expertise psychanalytique. Dorénavant, les homosexuels ou les parents célibataires ont le droit de se reproduire à condition toutefois que la loi désigne clairement que derrière toute filiation «mensongère» (comme disent les experts) existe bel et bien une vérité de l’engendrement. Formidable ruse de la raison conservatrice que d’avoir refondé symboliquement la famille sur les liens du sang et d’avoir biologisé l’identité de l’individu et le tout avec la terminologie «moderne» de la psychanalyse”.

Comme nous le voyons, Daniel Borrillo est agacé par l’idée qu’un enfant, puis un adulte, conçu par PMA, puisse être habité par la question de savoir, qui est mon père ? Notons qu’il reconnait qu’il existe une “vérité sur (la) conception”, c’est à dire qu’il faut un homme et une femme pour concevoir un enfant. Ensuite, comme la raison ne lui suffit pas pour admettre ce besoin vital de la condition humaine de connaître ses origines, son père dans le cas de la PMA sans père, il pointe l’absence de statistiques, d’études de cas, de données empiriques qui corroboreraient cette revendication. Il refuse donc d’entendre les associations d’adultes nés par PMA à qui il dénie de facto toute légitimité. De la même manière, il refuse de prendre en compte un sondage IFOP réalisé pour La Manif Pour Tous de février 2019 confirmant que les Français sont 82 % à penser que l’enfant né par PMA a le droit d’avoir un père et une mère.

Mais aveuglé par son idéologie hors sol, le rêve de Daniel Borrillo est de voir advenir une société où toutes les relations humaines, et spécialement celles concernant la filiation, seraient régies par la seule volonté des adultes, soit disant libres. Daniel Borrillo ne trouve donc comme ultime pirouette pour dénoncer la revendication de connaître son père, qu’une dénonciation éculée, usée jusqu’à la corde, le droit de l’accès aux origines serait la «ruse de la raison conservatrice». Il aurait aussi bien pu écrire que l’engendrement est fasciste, comme les mots sont fascistes, parce qu’il faut un homme et une femme pour concevoir un enfant. Notons enfin sa dénonciation de la psychanalyse, suffisamment rare de la part d’un profil comme celui de Daniel Borillo, pour être relevée.