Les Français attendaient goguenards comment le Président de la République et le gouvernement allaient sortir du grand débat. Et bien, ils ne vont pas être déçus, tant sur la forme que sur le fond.

Sur la forme. En terme de participation, avec environ 500 000 contributeurs sur la plateforme Internet et 500 000 participants à des réunions publiques, notons que c’est d’abord un échec pour le pouvoir. Les Français ont peu contribué, peu participé. Et pour cause, les questionnaires réduits à quatre thèmes avec des questions fermées ne les ont pas incités à participer. A cela on a appris que “plus de la moitié des textes rédigés sont en fait des doublons ou des champs vides”, et “plus de la moitié des textes rédigés comportent moins de dix mots”. D’autre part “Certains contributeurs ont copié et collé des dizaines (voire des centaines) de fois leur texte”. Enfin, last but not least, la moitié des contributions n’ont pas été analysées à ce jour, ce qui est ennuyeux tout de même.

Ainsi, le pouvoir s’est piégé, et il le sait. Aussi, n’y-a-t-il aucun triomphalisme de la part du Premier ministre qui a été le premier à s’exprimer en début de semaine, avant le Président qui prendra la parole plus tard. Le grand débat révèle une crédibilité faible. Il s’apparente à un grand sondage sur les quatre thèmes imposés par le pouvoir. Quand on lit que les sujets polémiques n’ont presque pas été évoqués dans les débats, comme les sujets de société (peine de mort, mariage pour tous, PMA, GPA) ou le nucléaire, c’est tout simplement parce que le pouvoir n’interrogeait pas les Français sur ces sujets.

Sur le fond, le Premier ministre a promis des “solutions puissantes” et évoqué un travail à venir avec “les corps intermédiaires” et “les élus locaux” sans faire d’annonces particulières. La porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye a déclaré que “rien ne serait comme avant”. On en doute. Ni elle, ni Edouard Philippe, n’ont rien annoncé, si ce n’est des banalités. Le gouvernement va maintenant jongler entre les résultats du grand débat et ses réponses. C’est un jeu qui va pouvoir durer de long mois, jusqu’à ce que… le peuple, les gilets jaunes, réagissent à nouveau.

Car le feu couve toujours. Or depuis la mi-novembre, date de la première manifestation des gilets jaunes, le pouvoir n’a encore jamais apporté de réponse politique à cette crise sociale et politique. Il est toujours resté flou, dans ce “en même temps” pernicieux. Le grand débat n’a fait que lui apporter de l’oxygène. Mais les réserves diminuent chaque semaine. Jusqu’à quand va-t-il pouvoir tenir ainsi sans se remettre en cause, c’est à dire changer de politique ? Telle est la seule question qui vaille actuellement.